
Extrait:
Ce livre comporte une table des matières dynamique, qui a été relu et corrigé.
Il est parfaitement mis en page pour une lecture sur liseuse électronique.
Le canapé couleur de feu:
La porte soigneusement barricadée et la portière par dessus, M. de la Chicane, crachant d’avance le coton, conduit sa fringante épouse sur un canapé, où la belle, avantageusement postée, se prépare à lui en donner pour ses vieilles menteries et pour son argent. — Mon Dieu, dit-elle, mon ami, quelle chaleur il fait aujourd’hui ! en vérité on étouffe. — C’est, répond-t-il, que nous sommes dans les jours caniculaires. — Voici, continua-t-elle, en se couchant à demi, un admirable canapé pour la commodité. Oui, repart-il, rien n’est plus commode. J’y fais la méridienne depuis dix ans. Cependant, Madame quitte son fichu et dévoile des appas qui ressuscitent l’humanité du procureur. Il s’émancipe, il tâte, il baise, il tressaille… Enfin, déboutonnant son haut-de-chausse, il lui lève la jupe et se met en posture de lui faire gagner son douaire. Mais inutilement, après avoir sué sang et eau et fait craquer le canapé pendant une heure, il est contraint d’abandonner la besogne.
Comme on se rajustait tristement de part et d’autre, pour aller rejoindre la compagnie, on entendit un cri de joie et, tout à coup, le canapé changea de forme, prit celle d’un jeune homme parfaitement beau et bien fait. — Miséricorde ! s’écria le procureur, plus effrayé de cette merveille que sa femme ; êtes-vous l’âme de quelque malheureux qui aurait besoin de prières ? — Je n’ai besoin de rien, répondit l’inconnu, et je ne suis point un revenant comme vous l’imaginez. Je n’ai pas cessé de vivre, quoique j’aie été métamorphosé ; et si vous daignez me prêter une oreille attentive, je vous conterai mon aventure ; aussi bien vous dois-je cette satisfaction, puisque c’est à vous à qui je suis redevable d’avoir recouvré mon premier état. — Ah ! dit la nouvelle mariée, je vous en conjure ; mais nous n’avons plus de canapé, et je ne vois ici qu’un siège ; mon ami, va en chercher deux autres. — Oh ! parbleu, Madame, dit le nouvel hôte, il serait honteux que vous fussiez entrée ici sans étrenner ; je profiterai, s’il vous plaît, des instants que votre mari nous laisse. Quoique je serve depuis si longtemps de siège à autrui, je suis assez reposé sur l’article pour vous donner en bref un témoignage du respect et de la considération que j’ai pour vous. Il dit et fit les choses si promptement que le Procureur ne s’aperçut de rien à son retour.
Quand le trio fut assis, l’inconnu se moucha, cracha et rompit le silence en ces termes — Je suis un gentilhomme des environs de Liége, allié aux meilleures maisons du pays. Mes biens sont situés sur les bords de la Meuse, auprès des Ardennes. Je ne vous dirai pas mon nom, parce que je ne crois pas que cela soit bien essentiel ; et puis il y a si longtemps que je suis Canapé, que je ne sais trop si je m’en souviendrai au juste. Ainsi, je me nommerai, si vous le trouvez bon, le chevalier Commode, à cause de la commodité que tant d’honnêtes gens, y compris monsieur et madame, ont trouvée chez moi lorsque j’étais fait pour la mollesse, le repos et les plaisirs des deux sexes.
Margot la ravaudeuse:
Je suis née dans la rue saint Paul, & c’est à l’union clandestine d’un honnête Soldat aux Gardes & d’une Ravaudeuse que je suis redevable de mon existence. Ma mere, naturellement fainéante, m’instruisit de bonne heure dans l’art de ressertir & rapetasser proprement des chausses, afin de se débarrasser le plutôt qu’il lui seroit possible du soin de la profession sur moi. J’avois atteint ma treiziéme année, lorsqu’elle crut pouvoir me céder son tonneau & ses pratiques, aux conditions pourtant de lui rendre chaque jour un compte exact de mon gain. Je répondis si parfaitement à ses espérances, qu’en moins de rien je devins la perle des ravaudeuses du quartier. Je ne bornois pas mes talens à la seule chaussure, je savois aussi très-bien raccommoder les v
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