
L’année dernière, il n’était question que de mademoiselle Dafné de Boisfleury, ou la Dafné, comme on l’appelait
familièrement dans ce monde dont le plaisir semble être la principale ou pour mieux dire l’unique affaire. Tous
ceux qui étaient d’un club quelque peu élégant, suivaient les courses de Chantilly et de la Marche, applaudissaient
à l’Opéra la cantatrice ou la danseuse en vogue avec une fleur plantée à la boutonnière par Isabelle, jouaient à la
paume et au cricket, patinaient sur le lac, soupaient au café Anglais en sortant du bal masqué, et, l’été, allaient
suivre une martingale à Bade, connaissaient la Dafné. Les autres, pauvres gandins à la suite, indignes d’un si grand
honneur, faisaient semblant de la connaître. De mauvaises langues prétendaient que son nom réel était Mélanie Tripier,
mais les gens de goût l’approuvaient d’avoir répudié ces vocables disgracieux, un vilain nom sur un
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